• Parlons d'agoraphobie...

    Définition

    L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit l'agoraphobie de la manière suivante (CIM 10-F40):

     

    "Groupe relativement bien défini de phobies concernant la crainte de quitter son domicile, la peur des magasins, des foules et des endroits publics, ou la peur de voyager seul en train, en autobus ou en avion. La présence d'un trouble panique est fréquente au cours des épisodes actuels ou antérieurs d'agoraphobie. Parmi les caractéristiques associées, on retrouve souvent des symptômes dépressifs ou obsessionnels, ainsi que des phobies sociales. Les conduites d'évitement sont souvent au premier plan de la symptomatologie et certains agoraphobes n'éprouvent que peu d'anxiété, car ils parviennent à éviter les situations phobogènes."

    Les personnes souffrant d'agoraphobie ressentent donc des peurs dans certains lieux ou dans certaines situations apparemment sans danger. Le fait de se sentir coincée ou ne pas savoir comment sortir rapidement d'un endroit peut augmenter l'anxiété de l'agoraphobe.

    Dans l'agoraphobie les déclencheurs de la peur ne sont pas bien précis, il ne s'agit pas d'un objet ou d'un endroit en particulier, mais de toute une classe d'objets ou d'endroits, par exemple, ce n'est pas un restaurant à telle adresse en particulier mais tous les restaurants qui vont provoquer de la peur. Dans l'agoraphobie, le déclencheur est généralisé par opposition aux phobies simples ou les déclencheurs sont très spécifiques.

    Il existe différents niveaux d'agoraphobie qui dépendent du degré de généralisation de la peur. Celle-ci peut être limitée et ne se déclencher que dans certains lieux publics: magasins, cinémas, théâtres, restaurants, transports en commun, etc.. Dans les cas extrêmes, la personne agoraphobe se sent mal dès qu'elle sort de chez elle. Certains agoraphobes vivent cloîtrés à leur domicile ou ne sortent que très rarement accompagnés par une personne de confiance.

    Les agoraphobes essayent d'éviter le plus possible les lieux qui déclenchent leur peur, et cela peut perturber très gravement leur vie quotidienne.

    Les symptômes

    Les manifestations physiologiques sont celles de l'émotion de base, c'est-à-dire la peur.

    L'agoraphobie se caractérise par le fait que cette peur est déclenchée par la présence de la personne dans un type de lieu donné. L'origine de la peur est inconsciente, comme dans les angoisses ou les phobies spécifiques. Dans l'agoraphobie, la peur n'est pas déclenchée par un événement ou un objet très spécifique, elle a été généralisée à tout un ensemble de lieux.

    L'agoraphobie peut être combinée à d'autres pathologies, comme de la dépression ou des névroses, la personne pouvant alors présenter tout un ensemble de symptômes qui ne sont pas spécifiques à ce trouble.

    Modèle thérapeutique

     

    A l'origine de l'agoraphobie, on trouve le même mécanisme que dans les angoisses, c'est-à-dire qu'il existe dans l'esprit de la personne agoraphobe des processus inconscients qui génèrent de la peur.

     

    L'agoraphobe a donc des crises d'angoisses qui peuvent se déclencher n'importe quand. Lors d'une crise, l'agoraphobe va associer la peur ressentie avec le lieu où il se trouve. Cette association est d'autant plus forte que la peur est intense. C'est un des rôles de la peur que de provoquer la mémorisation de la circonstance d'apparition de l'émotion. Il est important de se souvenir de ce qui nous fait peur, de façon à pouvoir l'éviter par la suite. Sauf que dans la cas de l'agoraphobie, cette association n'est pas pertinente. Le lieu associé à la peur n'a aucun rapport avec le déclenchement de l'émotion, mais l'agoraphobe n'a pas conscience de l'origine de sa peur et il ne peut pas faire autrement que l'associer aux stimuli qu'il a au moment de la crise.

    Non seulement, la peur est associée à un stimulus qui n'a aucun rapport, mais en plus ce stimulus est généralisé à tout ce qui peut y ressembler. C'est ainsi qu'une crise d'angoisse déclenchée dans un ascenseur va provoquer l'évitement de tous les ascenseurs, ou bien une crise d'angoisse survenue dans un supermarché va provoquer l'évitement de tous les supermarchés.

    L'agoraphobie est basée sur trois phénomènes:

    1. une angoisse inconsciente qui se manifeste par des crises
    2. une association entre la peur et un stimulus présent au moment de la crise d'angoisse
    3. une généralisation du stimulus à tout ce qui peut lui ressembler

                         

    Les traitements

    Le traitement de l'agoraphobie implique deux approches: d'une part, supprimer l'angoisse originelle, et d'autres part, supprimer toutes les associations qui ont été enregistrées à causes de cette angoisse.

    La suppression de l'angoisse demande une exploration de l'inconscient du patient, pour mettre à jour les mécanismes de déclenchement et d'entretien de la peur. Il s'agit de processus inconscients qu'il peut parfois être bon de rendre conscient, mais parfois il vaut mieux les laisser inconscients, cela n'empêche pas de les arrêter. Tout dépend du patient et des raisons qui lui ont fait "oublier", ou refouler, les évènements à l'origine de sa peur.

    En ce qui concerne les associations faites par le patient pendant ses crises d'angoisse, le travail est différent et plus facile, par contre il peut être plus long. Il faut traiter chaque stimulus séparément et faire une ou plusieurs techniques de désensibilisation, par exemple une désactivation d'ancrage. 

     

    Exemple de cas

    Sylvain B., 20 ans

    Sylvain est étudiant et vit chez ses parents. Depuis quatre ans il souffre d'angoisses à chaque fois qu'il doit aller dans un lieu qu'il ne connaît pas, il ne va pratiquement plus au restaurant, car il s'y sent particulièrement mal. Quand il y va quand même par un effort de volonté, il observe les lieux, où se trouvent la sortie, les issues de secours et les toilettes, car il a peur d'être malade. Les magasins, particulièrement quand ils sont bien chauds, lui sont insupportables. Il ne prend plus l'avion non plus. Parfois ses angoisses le prennent en classe et il fait un effort considérable pour ne pas sortir et se concentrer sur le cours, d'autres fois sur l'autoroute quand ce n'est pas lui qui conduit. De façon plus générale, il dit avoir peur dès qu'il n'est pas dans son environnement habituel.